Maître Serge Bueb
Maître Serge Bueb Avocat
Avocat en Droit Pénal
Avocat en droit pénal
Avocat en Droit Pénal des Affaires
Avocat en droit pénal des affaires
Avocat en Droit de la Famille
Avocat en droit de la famille
Avocat en Droit Commercial
Avocat en droit commercial
Avocat en Droit de la Route
Avocat en droit de la route
Maître Serge Bueb
Avocat

La preuve du harcèlement moral au travail

Le subtil mécanisme de la preuve du harcèlement moral nécessite une certaine maîtrise. Il n'existe pas de liste d'actes constitutifs de harcèlement moral et seul le juge est habilité à juger s'il y a ou non harcèlement moral. Vu l'imprécision de sa définition légale, la notion peut être approchée au travers d'exemples, en fonction des circonstances différentes de chaque affaire.

L'article L 1154-1 du Code du travail

L'article L 1154-1 du Code du travail détermine le régime de la preuve du harcèlement moral : le salarié « présente des éléments de fait laissant supposer l'existence d'un harcèlement. Au vu de ces éléments, il incombe à la partie défenderesse de prouver que ces agissements ne sont pas constitutifs d'un tel harcèlement et que sa décision est justifiée par des éléments objectifs étrangers à tout harcèlement. Le juge forme sa conviction après avoir ordonné, en cas de besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. »
Ce régime probatoire n'est pas toujours respecté par les juges. Comme le rappelle régulièrement la Cour de Cassation, pour se prononcer sur l'existence d'un harcèlement moral, le juge doit examiner l'ensemble des éléments invoqués par le salarié, y compris les éventuels documents médicaux, et il doit apprécier si les faits matériellement établis, pris dans leur ensemble, permettent de présumer l'existence d'un harcèlement moral. Dans l'affirmative, il doit apprécier si l'employeur prouve que les agissements invoqués ne sont pas constitutifs d'un tel harcèlement et que ses décisions sont justifiées par des éléments objectifs étrangers à tout harcèlement moral cf. Cass. Soc. 9 décembre 2020 n° 19-13.470

Qui doit prouver quoi ?

La charge de la preuve pèse sur le salarié et sur l'employeur. Le salarié doit, selon la Cour de cassation, établir « la matérialité de faits précis et concordants constituant selon lui un harcèlement » (cf. Cass. soc., 23 janv. 2019, no 17-31.212). Le juge apprécie si ces faits, pris dans leur ensemble, permettent de supposer l'existence d'un harcèlement moral. Quant à l'employeur, il doit prouver que les faits précis qu'apporte le salarié sont justifiés par des faits objectifs étrangers à tout harcèlement. Il faut garder à l'esprit que, selon la jurisprudence de la Cour de Cassation, il peut y avoir harcèlement moral même si l'employeur n'a pas eu l'intention de harceler, s'il n'a pas eu d'intention malveillante. L'employeur ne peut donc pas se contenter de prétendre être de bonne foi.

Le rôle du Juge

Le juge doit apprécier si les faits matériellement établis, pris dans leur ensemble, permettent de supposer l'existence d'un harcèlement moral. A ce stade, le juge ne doit pas dire si le harcèlement est constitué ou pas : il lui appartient simplement de dire si les faits prouvés par le salarié rendent le harcèlement vraisemblable, si un harcèlement peut être soupçonné. Le juge rejettera la demande du salarié, s'il considère que les faits ne sont pas établis ou que les faits ne rendent pas le harcèlement plausible, et dans ce cas, il n'étudiera même pas les preuves présentées par l'employeur : le procès s'arrêtera là. Mais s'il estime que les faits sont matériellement établis et qu'ils rendent le harcèlement vraisemblable, alors l'employeur devra prouver que ces faits sont justifiés par des faits objectifs étrangers à tout harcèlement. S'il n'y parvient pas, le juge doit retenir l'existence du harcèlement et l'employeur perd le procès.
Harcèlement moral

Exemples de harcèlement moral

Par exemple, des reproches professionnels ne seront pas considérés comme du harcèlement moral s'ils sont justifiés par des faits objectifs, s'ils sont proportionnés aux erreurs commises, s'ils sont notifiés sans injure et sans remettre en cause publiquement les compétences du salarié. Par exemple, le contrôle renforcé de la qualité du travail d'un salarié suite à des difficultés signalées par un client ou encore les rappels écrits adressés à une salariée d'avoir à respecter ses horaires de travail ne sont pas considérés comme du harcèlement moral. (Cf Cass. soc., 23 juin 2010, no 08-44.028)
Ne constituent pas un harcèlement moral :
  • L'exercice légitime par l'employeur du pouvoir disciplinaire lorsque la sanction prononcée est justifiée et proportionnée – avertissement donné à une salarié pour des anomalies dans la gestion de 4 clients Cour de Cassation 6 Janvier 2011 n° 09-69.245
  • Le fait de ne pas signer des demandes de congés et de demander durant un mois un effort à une équipe pour pallier l'absence d'un salarié Cour de Cassation 28 Avril 2011 n° 09-72.778
  • L'exécution de travaux d'entretien et de rangement des locaux considérés par un manager comme subalternes et vexatoires alors que ces tâches relevaient de sa fiche de poste Cour de Cassation 8 Juin 2011 n° 10-30.224
  • L'absence de promotion d'un salarié si l'employeur peut justifier d'explications objectives et pertinentes Cour de Cassation 10 Avril 2013 n° 11-22.554
  • L'incompatibilité d'humeur entre deux salariés n'est pas du harcèlement moral de la part de l'employeur, mais l'employeur a toutefois l'obligation de prévenir les risques de harcèlement moral de salariés entre eux. L'employeur doit protéger les salariés et éviter qu'il y ait harcèlement moral, par des mesures pouvant aller de la mise en garde jusqu'à la mutation visant à séparer deux salariés si nécessaire. Par exemple, dans une affaire dans laquelle l'employeur n'avait pas réagi alors qu'il avait connaissance des relations difficiles d'une salariée avec son supérieur hiérarchique, et de l'épuisement consécutif aux pressions de ce dernier, l'employeur a été condamné à payer des dommages-intérêts à la salariée, mais n'a pas été condamné pour harcèlement moral. Cour de Cassation 17 Octobre 2012 n° 11-18.884
  • Les impressions que peut ressentir un salarié ne sont pas des faits précis, et ne suffisent donc pas à établir à elles seules le harcèlement moral.
Constituent un harcèlement moral :
Le salarié et l'employeur disposent de tous les moyens de preuve, notamment le témoignage, l'attestation de témoin, les SMS, les courriels et les courriers, les certificats médicaux et les présomptions.